Bouturer des coraux mous

Les coraux mous sont souvent les premiers à trouver place dans nos aquariums. Ils sont moins exigeants que les coraux durs LPS et SPS quant à la qualité de l’eau, se nourrissent généralement que de lumière et consomment les nitrates. Ces coraux poussent rapidement, ils grandissent parfois trop vite et empiètent les uns sur les autres. Il est alors nécessaire de les tailler pour réduire leur dimension et pour limiter toute forme de lutte chimique ou d’agression entre les souches. Cela permet aussi de multiplier les pieds et de distribuer les souches.

Les coraux s’étendent et colonisent leur espace de façon naturelle, soit en bourgeonnant, soit par scissiparité ou encore par fragmentation. C’est un type de reproduction assexuée qu’on peut mettre à profit dans nos bacs, alors qu’une repro sexuée qui se déclenche parfois en aquarium, crée une forme de “pollution” malvenue. 

Même si la plupart des coraux mous sont peu fragiles et se coupent très simplement avec une paire de ciseaux ou un scalpel ou une lame de rasoir…, il y a  tout de même un certain nombre de règles à respecter. Ils sont parfois toxiques, dangereux même pour l’homme, provoquant des réactions cutanées ou des problèmes respiratoires. Selon les espèces, certains relarguent des terpènes, parfois des produits toxiques, d’autres vont produire un mucus épais et gluant qui va provoquer le débordement de l’écumeur. Pour ces raisons, il est recommandé de placer du charbon dans la décantation ou en passage forcé durant quelques jours, après toute manipulation.

Les coraux cuir

On range sous cette appellation un peu imagée les sarcophyton, lobophytum, sinularia, alcyonium, cladiella et autres… qui n’ont pas de structure squelettique calcifiée. Ils sont robustes et peu exigeants tant que l’éclairage et le brassage sont adéquats.


sinularia dura vert

Gros consommateur de Nitrates, les Sarco par ex. peuvent devenir vraiment imposants jusqu’à 50 cm en aquarium…et il devient indispensable de réduire leur taille.

Il est alors possible de découper des morceaux régulièrement tout autour du corail pour garder une forme esthétique au pied mère ou de le fractionner en  plusieurs tronçons de 4-5 cm ou carrément le couper en 3 ou 4… si l’on veut garder des grosses pièces.

N’hésitez pas à couper franchement, en quelques jours le corail recommence à pousser et la coupe ne se voit plus. Pour la coupe, on peut laisser le pied mère dans le bac, ou le couper à l’extérieur de l’eau. 


Dans quelques jours la coupe ne sera plus visible

Ces boutures n’ont pas besoin d’être collées, un simple élastique suffit pour les faire tenir sur le support choisi, en moins d’une semaine elles seront fixées. L’emploi d’un élastique est parfois compliqué, si on serre trop, on blesse le corail qui va se déchirer, mais si on ne serre pas assez, alors la bouture ne restera pas en place.  L’emploi de téflon en rouleau permet de fixer, comme on le ferait avec un élastique, mais sans risque d’abîmer la bouture. Une méthode efficace est l’utilisation de fil de couture, coton ou nylon. On passe à travers le corail avec une aiguille et du fil, et on le “coud” littéralement sur la pierre en faisant plusieurs tours. Après quelques semaines, l’élastique ou le fil vont se décomposer et il sera facile de le retirer.


cure dent bloqué par des élastiques

Les coraux branchus comme les Capnella sont sont très prolifiques et se ressèment même sans intervention dans tout le bac, certaines branches gonflent, puis se détachent simplement du pied mère et vont se coller ailleurs, portées par le courant.

cladellia

 sinularia vert

 

Zoanthus, Palythoas, Protopalythoa

Attention à la présence de Palytoxine, qui est un poison pour l’homme et peut être mortel.  L’intoxication peut se faire par simple contact avec la peau, par  inhalation ou encore par ingestion, Attention de bien se laver les mains après toute manipulation. La Palytoxine a une action vasoconstrictrice puissante et peut provoquer fréquemment  des symptômes  respiratoires, cutanés et/ou oculaires, parfois graves. 

Les Palythoas sous l’eau ne sont pas dangereux mais il faut prendre des précautions quand on les manipule à l’air libre et plus encore quand on les coupe et qu’on les blesse : Gants, masque, lunettes de protection, pièce bien aérée, pas de blessure sur les mains et les avant bras..  Éviter de les toucher si l’on a une plaie ou une petite blessure. Ne jamais laisser sécher une PV portant des Palythoas à l’air libre et ne jamais la brosser non plus car les toxines sont libérées sous forme d’aérosol.. 

 protopalythoas

Les Zoanthus sont des cnidaires, des anémones coloniales, pas véritablement des coraux, mais on les trouve de plus en plus dans nos bacs, grâce à leurs  superbes couleurs. On peut facilement acheter des plots qui portent 1 ou 2-3 polypes, très bariolés, parfois fluos, et dotés de noms plus ou moins commerciaux et fantaisistes.

Si les conditions de maintenance sont bonnes, ils prolifèrent rapidement. Ils sont asexués et forment de grandes colonies, parfois envahissantes, qui agressent et étouffent d’autres coraux lors de leur développement. Il est donc souvent nécessaire de limiter leur expansion. Ils n’ont pas de squelette dur, mais un tissu coriace qui réunit les polypes et qu’il faut décoller du support pour créer des boutures. La méthode la plus simple est de casser un bout de la pierre qui porte la colonie et de la fixer ailleurs dans le bac.  

zoanthus

 Autre méthode simple mais qui demande un peu de temps : placer des petites pierres, ou divers petits supports tout proches du pied mère, des polypes viendront s’y fixer et les coloniser..

Ces méthodes fonctionnent parfaitement aussi pour bouturer des Pachyclavularia, Clavularia, du Xenia, des Anthelia…

L’utilisation d’un cutter, un scalpel, une lame de rasoir permet de glisser la lame  entre le corail et la pierre et de décoller les polypes et le coenenchyme, qui est le tissu qui relie les polypes et qu’il faut éviter de déchirer ; si les polypes sont blessés, ils mourront.

L’idéal est de prélever un peu de la pierre, ensuite on peut tirer doucement sur ce “tissu” qui se décolle doucement en glissant les doigts dessous. 

Pour la repiquer sur un autre support, l’emploi de  super Glue en gel est la solution la plus efficace : on ne peut pas employer de colle chaude qui brûle les tissus ni d’époxy qui ne convient pas. Pour coller, il faut sécher la bouture et le support avec  du papier ou un tissu, puis appliquer la glue et attendre quelques minutes avant de remettre en eau. Malheureusement les collages sont souvent peu efficaces avec les coraux mous et il est nécessaire de les attacher.

 

Discosoma,  Ricordea, Rhodactis

Les corallimorphaires, les anémones disques, présentent une forme de disque, et une bouche centrale. Elles ont des tentacules assez courts et plus ou moins boursouflés selon l’espèce. 

Si le bac leur convient, elles peuvent s’y propager en créant des nouvelles têtes, comme des petits bourgeons ou en se divisant comme les anémones. On voit alors apparaître 2 bouches et en quelques semaines,on obtient 2 individus.

Il est souvent difficile de décoller les Discosomas, dont le pied s’accroche fortement. S’il est fixé contre une vitre, on utilise simplement une lame de rasoir pour le décoller, s’il est sur une pierre, il faut généralement travailler hors de l’eau, soit en cassant la pierre, soit en utilisant un tournevis plat, une petite cuillère qu’on glisse doucement sous le pied pour forcer le corail à se décoller. Attention de ne pas le blesser à ce moment, on risque de le perdre par infection par la suite.

Une fois décollé, il faut l’obliger à se fixer ailleurs! et c’est là que ça se complique ! On ne peut pas employer de colle chaude, ni de pâte bi-composants… il faut attendre qu’il se colle lui-même. 

Il y a plusieurs techniques : en photo ici la création d’une “cage” en fil de couture. 

Choisir un support avec un creux, y déposer le ricordea et le ficeler en tous sens,  sans serrer pour éviter les blessures. La bouture a tendance à s’évader, poussée par le courant du bac ou par les poissons, crabes et autres BH : il faut donc serrer suffisamment, mais pas trop et faire attention de ne pas blesser ou couper la bouche !

 bien attachée?

 en cours d’évasion..

Autres techniques,  

-bloquer la bouture avec un cure-dent (en bois ou en plastique) et des élastiques contre la pierre.

-poser le Discosoma dans un petit pot, un verre ou un bol avec des petites pierres ou du gros gravier (corallien si possible) au fond : protégé et maintenu hors du courant, le disco finira par s’accrocher sur une pierre après 2-3 semaines.

Gorgones

Les gorgones symbiotiques sont très simples à maintenir et reproduire: il suffit de  couper une ou des branches puis recoller à l’aide d’une pâte époxy. Avec une paire de ciseau ou un sécateur bien aiguisé, on tout un bouquet et on repique simplement dans une anfractuosité du décor. La même méthode que pour bouturer des plantes vertes ou des arbres.

Si l’on préfère fixer sur un support, il faut alors employer de la superglue en gel ou de la pâte époxy et surtout, il est nécessaire de bien gratter le bas de la bouture, pour retirer tous les polypes et toute la chair qui va pourrir et se décomposer et qui fera à terme mourir la bouture. Il faut dénuder environ 2 cm en utilisant un couteau ou une lame de rasoir.

L’ajout de quelques gouttes d’iode (Lugol) permet de limiter le risque de pourriture ou d’infection bactérienne après ces interventions dans l’aquarium.

Pour les Sarco et Lobophyton, par exemple, il faut prévoir de placer les boutures dans une zone bien brassée pour les aider à se débarrasser du mucus.

En résumé le bouturage est une opération simple, qui permet de diffuser ses souches, multiplier les pieds et qui limite les prélèvements dans la nature.

Les Coraux mous ne sont pas fragiles, si les premiers essais laissent à désirer, après quelques tentatives, on maîtrise assez facilement les diverses méthodes.

  •  Textes et photos Veronique Ivanov

 Merci à Sam Maillardet pour les manipulations