L’installation d’un bac marin

Vous avez admiré chez un ami un bac coloré et plein de coraux bariolés, vos enfants veulent inviter Nemo et Dory dans le salon, vous revenez de MerRouge et rêvez de recréer un bout de récif chez  vous…!
Comment faire?

Sachez tout d’abord qu’en plus d’une cuve et du matériel adéquat, il vous faudra 3 choses…

  1. une bonne dose de patience, le récifal est une école de patience et réclame du temps..toute précipitation mène à des catastrophes. On ne peut pas aller plus vite que la nature !
  2. un portefeuille bien garni, et prévoir un budget d’environ 10.- par litre pour s’équiper correctement, sachant qu’il est toujours possible de trouver du matériel d’occasion moins cher, mais moins fiable aussi !
  3. un partenaire/ épouse/ compagnon/ famille…. prêt à vous accompagner dans ce hobby passionnant mais dispendieux et fortement chronophage. Selon le volume du bac, les coûts mensuels d’électricité et d’eau peuvent réserver des surprises désagréables.

 bac 300L

Si vous avez déjà de l’expérience avec des aquariums d’eau douce, vous pouvez oublier quasiment tout ce que vous savez… l’eau salée, ce n’est pas plus difficile, mais c’est différent. On n’y met pas de plantes, mais des coraux et éventuellement des algues supérieures. On n’utilise pas de filtre, mais des “pierres vivantes” pour l’épuration, on l’éclaire puissamment et longtemps. Un bac d’eau douce peut tolérer une maintenance relâchée et des variations de paramètres de l’eau, mais un bac récifal exige une grande stabilité dans les paramètres physico-chimiques de l’eau et ne pardonnera aucune chute de la densité ou des variations de pH par ex, sous peine de faire mourir des coraux et des invertébrés en quelques heures parfois.

On parle d’aquarium récifal quand on installe des coraux et des poissons en favorisant les coraux durs.

On parle de bac FO, Fish Only quand l’aquarium est destiné aux poissons, qui sont moins fragiles et plus résistants que les coraux. Ce type de bac n’est intéressant qu’avec des grands volumes, mais dans 200-300 L, on est très vite frustré et limité.

Il existe un autre choix, un Bac Mixte qui peut accueillir des coraux mous, éventuellement quelques coraux durs à longs polypes (LPS), une anémone, des crevettes, un couple de poissons clowns, et quelques petits poissons et qui  implique un entretien et un investissement de temps et d’argent raisonnable et tout à fait accessible pour débuter.

Il existe diverses méthodes pour la maintenance, je parlerai ici de la “méthode berlinoise”, qui est très répandue en Europe, et qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années. Cette méthode associe des pierres vivantes, un brassage énergique, un éclairage puissant et l’utilisation d’un écumeur.

Certains bacs sont maintenus selon la “méthode Jaubert” qui réclame moins d’investissements techniques, par ex moins de brassage, pas d’écumeur et donc qui est moins bruyant mais qui implique plus de patience  et connaissances biologiques et se montre limitée dans le choix des coraux exigeants ou des poissons polluants.

Le choix du matériel 

Un aquarium en verre, si possible plus large que haut pour construire facilement un décor. Plus le volume est petit et plus il sera difficile à équilibrer. Un aquarium de 200 L présente plus d’inertie d’un petit 60 L et il pardonnera donc plus facilement quelques erreurs de maintenance ou diverses négligences. Il est donc conseillé d’envisager une cuve d’au moins  120 à 200 litres pour démarrer. Ce volume permet déjà un choix de poissons et de coraux intéressants.  Idéalement un bac de 300-400 litres donnera plus de satisfactions quant au choix  et au nombre des poissons.

Contrairement à l’eau douce, on ne filtre pas un bac récifal mais on utilise un écumeur pour éliminer les déchets azotés, des puissantes pompes de brassage et un très bon éclairage spécial marin. Idéalement on prévoit une décantation c’est-à-dire une cuve sous l’aquarium, reliée au bac principal par des tuyaux, et dans laquelle on peut cacher l’écumeur, le chauffage, et divers appareils. Ce n’est pas indispensable mais ça simplifie la vie.


on cache  le matériel dans la décantation, sous le bac.

Si vous possédez déjà un aquarium d’eau douce, il est tout à fait possible de réutiliser la cuve pour autant qu’elle ne contienne aucun élément métallique et qu’elle n’aie jamais subi de traitement au cuivre. (toxique pour invertébrés et coraux). Les aquariums vendus pour l’eau douce sont généralement plus hauts que larges, il est relativement difficile d’y construire un décor aéré avec des pierres.

On lit généralement qu’il faut prévoir un budget de 8-10 € par litre
un aquarium de 100L  coûtera donc environ 1000.-€. Cette estimation est correcte, sachant que l’achat de la cuve n’est qu’une petite part des investissements. Certains débutent en achetant du matériel bon marché et doivent changer les lampes ou l’écumeur après quelque mois… car ils sont insuffisants, trop bruyants ou carrément en panne. Au final après quelques années on se rend compte qu’on a dépensé plus d’argent que si on avait dépensé un peu plus pour du matériel qui dure. L’éclairage et l’écumeur sont les investissements les plus coûteux.

Il faut aussi une résistance chauffante, un thermomètre, des tests pour vérifier les paramètres de l’eau, un osmoseur pour obtenir une eau parfaite, et du sel synthétique, sans oublier les tuyaux, bidons, serpillières et petit matériel.

Si le budget ne pose pas de problème, alors autant se faire plaisir et acquérir tout de suite des appareils fiables et silencieux, choisis parmi les marques réputées : Il est évident qu’un écumeur à 80.- n’aura pas la même efficacité qu’un écumeur Tunze ou  Deltec…. payé 2-3 fois plus cher, mais qui lui ne sera pas aussi performant qu’un écumeur Bubble King équipé d’une pompe RedDragon…

Il n’est pas indispensable de se ruiner et on peut très bien se faire plaisir avec un bac de 100-200 litres, peuplé de quelques petits poissons faciles et de coraux mous, en étant conscient qu’on atteint rapidement la limite quand on y a mis 4-5 poissons de petite taille.

Rappel:
Axiome n° 1 en aquario
 un aquarium est toujours trop petit  🙂

bac 130L


Un aquarium récifal mixte peut très bien se composer ainsi: 

Une cuve de200 litres

une lampe LED de 100W, ou des bons tubes fluos T5 bleus et blancs. Il faut obtenir environ deux watts par litre avec des fluos. Il existe des éclairages spécifiques pour l’eau de mer, ce ne sont pas les mêmes puissances ni les mêmes leds ou fluos que pour un aquarium d’eau douce avec des plantes. Les rampes LEDs chinoises se trouvent sur le Net pour une centaine d’euros sont tout à fait suffisantes.

  rampe maxspect  et ajout d’une rampe  chinoise

Environ 15-20  kilos de roches vivantes ou des pierres artificielles. Ces pierres jouent un rôle très important, elles ont un rôle de filtre et de poumons, ce sont elles qui remplacent le filtre externe. Ces pierres vont abriter nombre de bactéries utiles et de micro-organismes qui transforment l’ammoniac toxique et les déchets azotés en nitrites puis en nitrates inoffensifs. Il est donc très important de choisir des “pierres-vivantes” de bonne qualité et pas simplement des cailloux ramassés sur le chemin.

Certains magasins proposent des pierres fraîches, d’autres offrent des pierres acclimatées, il est possible aussi d’acquérir des pierres tirées de l’aquarium d’un passionné qui refait son décor ou qui arrête l’aquariophilie. Si l’on fait le choix de pierres fraîches, il faudra les payer 15 à 20 € le kilo, elles apporteront toute une vie avec algues, coraux et bestioles diverses. Lors de l’achat, elles réclament un bon nettoyage et dégagent une forte odeur de plage à marée basse…


Si l’on part avec l’idée d’acheter des pierres synthétiques,(aquaroches par ex…)  ou des pierres “mortes” bien poreuses, on évite la plupart des indésirables (Aiptasia, Majano, squille, crabes, qui arrivent sous forme de larves et oeufs) mais il est alors indispensable d’ensemencer l’aquarium avec des bactéries spécifiques et d’attendre plusieurs semaines avant d’y installer poissons et coraux.

Voir ma page consacrée aux pierres vivantes

Un écumeur de protéines interne ou externe si vous installez une décantation. Dans un petit bac l’écumeur n’est pas indispensable, les changements d’eau réguliers permettent de garder des paramètres stables ; à partir de 150L je trouve dommage de s’en passer car il permet de retirer physiquement les protéines, restes de repas, excréments des poissons…avant qu’ils se transforment.

 
un gros  Deltec              et  un  petit Tunze

Cet appareil parfois bruyant… envoie des fines bulles d’air dans une colonne d’eau, et produit une écume plus ou moins brune et malodorante qui s’accumule dans un godet qu’on vide et nettoie régulièrement. Ce système a aussi l’avantage de bien oxygéner l’eau. Comme c’est un élément important pour la vie du bac, il faut acheter un modèle puissant et adapté à la population piscicole de l’aquarium. Idéalement un écumeur devrait être prévu pour le double du volume du bac, pour un aqua de 200L, choisir un écumeur prévu pour 400L. Il existe de nombreux fabricants et tous les prix : Tunze, Deltec, RedSea, Nyos, Eheim..

2-3 pompes de brassage avec un large flux non cisaillant.(Tunze, Jebao, Vortech). Les coraux durs ont besoin d’un brassage puissant, 20 à 30 fois le volume du bac par heure au moins

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Les coraux mous peuvent se contenter de deux pompes opposées pour créer des remous en surface et créer suffisamment de brassage afin d’éviter les zones d’eau morte.

1 cm de sable de corail, pour éviter de voir la vitre du fond. Le sable piège les nutriments et se salit très vite, il a donc ses détracteurs : si on met une couche trop importante, il accumule les phosphates et nitrates, ce que l’on doit éviter à tout prix pour limiter la pousse des algues. Le sable abrite une bonne partie des bactéries et bestioles utiles, il fonctionne comme un filtre.

N’oublions pas l’achat de divers tests, au minimum pH, dureté, alcalinité, salinité, nitrites, nitrates, calcium, phosphates et un bon densimètre ou un réfractomètre pour contrôler le taux de sel dissout…  Attention de bien choisir des tests spécifiques pour l’eau salée, et non pas des bandelettes ou autres utilisés en aquarium d’eau douce. Salifert, Seachem, Colombo, Redsea…
Voir la page consacrée aux tests

Un osmoseur permet d’obtenir une eau pure nécessaire à la fabrication de l’eau de mer. Si l’on vit près d’un bon magasin aquariophile, il est possible d’acheter régulièrement des bidons d’eau osmosée pour les changements d’eau, mais s’il faut transporter des litres chaque semaine, il est plus confortable et rentable d’installer un osmoseur branché sur un robinet de l’appartement.

  avec plusieurs préfiltres

Le sel synthétique s’achète en bidon, de 5- 10- 20 ou 30 kg, il permet de reconstituer une eau adaptée aux coraux et aux poissons. Il en existe différentes sortes, plus ou moins coûteux, plus ou moins riches, selon le type de coraux que l’on possède.

Un osmolateur n’est pas indispensable mais il permet d’éviter les variations de densité et permet d’ajuster le niveau d’eau suite à l’évaporation. C’est un appareil qui est très pratique car il évite d’intervenir tous les jours dans l’aquarium. Si il y a de la place sous l’aquarium, on peut y installer une cuve de décantation pour cacher le matériel ainsi qu’un bac de réserve d’eau osmosée.

Pour un bac mixte, cet équipement est tout à fait suffisant, les ajouts divers, les pompes doseuses, les  RAC, réacteurs à calcaire, les filtres à lit fluidisé… ou les tests compliqués sont destinés aux aquariums oligotrophes peuplés de coraux durs à petits polypes, qui sont très exigeants en terme de maintenance.

 

 

©Veronique IVANOV 2020