Bouturer des coraux durs

Dans un aquarium sain et bien géré, les coraux poussent régulièrement, ils grandissent parfois trop vite et empiètent les uns sur les autres. Il est alors nécessaire de les tailler pour réduire leur dimension et parfois aussi pour limiter les agressions.


Lors de ces manipulations on profite d’utiliser les branches et morceaux coupés pour en faire des boutures afin de propager les souches, on parle alors de fragmentation.

Les coraux peuvent se reproduire de façon asexuée, par bourgeonnement des polypes ou /et de façon sexuée en produisant des gamètes, ces spermatozoïdes et ovules qui sont relâchés en pleine eau, une ou plusieurs fois dans l’année. Après la fécondation, les petites larves vont voyager comme du plancton et finiront par se fixer sous forme d’un petit polype. Le nouveau corail grandit ensuite par reproduction asexuée pour former de nouvelles colonies : selon les espèces les polypes bourgeonnent latéralement ou on observe une division axiale.

C’est ce mode de reproduction asexuée qui va nous permettre de  bouturer les souches qui peuplent nos aquariums et de limiter ainsi les prélèvements dans la nature.

Il suffit de casser une branche ou de couper proprement un fragment, de la fixer sur un support ou de le déposer ailleurs dans le bac pour voir grandir un nouveau corail et faciliter la diffusion. C’est une façon simple et efficace d’obtenir de nouveaux pieds de coraux durs ou mous. 

Cette façon de faire permet aussi de limiter l’expansion des gorgones en prélevant quelques tiges comme on pratique pour une plante ou un arbuste.

 Dans le cas où un corail est abîmé, s’il est malade, ou s’il présente des lésions, dues à un prédateur, à une chute ou à l’agression d’un autre corail, le bouturage permet aussi de le sauver en ne gardant que la partie saine

Cette méthode permet aussi de préserver un corail rare, auquel on tient, et de transmettre  ainsi à nos amis des “copies de sauvegarde” ce qui permet de ne pas perdre la souche en cas de problème ou de maladie.

On casse proprement ou on sectionne avec une pince coupante propre une partie du pied-mère qu’on veut diviser ou qui s’étale trop ; selon les espèces il n’est pas nécessaire de sortir le corail de l’eau, on peut le couper directement dans l’aquarium. 

Pour des coraux mous, on choisit un scalpel ou une lame bien tranchante. ( en détail sur cette page)

Attention l’eau de mer fait rouiller la plupart des outils : il faudra bien les rincer et les sécher après utilisation où n’utiliser que des outils en inox.

Les coraux qui sont ainsi manipulés vont dégager beaucoup de mucus, et parfois des toxines : l’emploi de gants peut éviter différentes blessures ou des réactions allergiques. Si l’on travaille directement dans l’aquarium, il est  important de placer ensuite du charbon actif dans la décantation ou dans un filtre provisoire durant quelques jours pour adsorber les rejets plus ou moins toxiques, ou les terpènes émis par les coraux qui ont été malmenés.

 mucus

Ajouter un complément d’iode (du Lugol par exemple, 1 goutte pour 100 litres) permet de limiter les risques d’une infection bactérienne. 

Si on travaille hors de l’eau, il est recommandé de porter des gants et éventuellement un masque et des lunettes pour éviter toutes projections.

Il est essentiel de sélectionner une partie saine du corail, pour que la zone de coupe se régénère rapidement.
Attention aussi de tailler le corail de façon harmonieuse afin que le pied mère repousse régulièrement. Il n’y a pas vraiment de technique précise, mais empiriquement, il faut imaginer la façon dont il va repousser et lui laisser assez de place pour faire de nouvelles branches. 

Pour un corail branchu, comme un Acropora il est facile de prélever une ou plusieurs branches et les coincer entre deux pierres ou dans une fissure ailleurs dans l’aquarium. Pour un corail en plateau, il est nécessaire de casser des morceaux.

Les LPS, Coraux à gros polypes, ont généralement un squelette dur mais friable qui nécessite l’emploi d’une scie ou d’un Dremel ; dans ce cas, il est plus aisé de sortir le pied mère de l’aquarium et de travailler au sec. L’utilisation d’un burin et d’un marteau mène généralement à la catastrophe ! Les Euphyllia, par exemple, ont un squelette très fragile, qui se brise lors de la coupe. Une pince coupante propre ou une petite scie sont alors des outils indispensables.

Pour fixer les branches sectionnées, il est possible d’utiliser de la super glu en gel, de la colle chaude et un pistolet, de la pâte bi-composants, ou encore des résines époxy qui durcissent dans l’eau.


pistolet à colle chaude

On peut fabriquer soi-même les socles en plastique (impression 3D de plots) ou en ciment, ou simplement utiliser des petits morceaux de pierres vivantes.(ou mortes)

Voir cette page pour la recette en photo et en détail

 

Pour une branche de Montipora ou autre corail branchu il est parfois plus simple de la glisser directement dans une anfractuosité d’une pierre ou la coincer entre 2 cailloux plutôt que de le faire grandir sur un support.
Il est aussi possible de récupérer des socles d’anciens coraux ou de tailler des morceaux de pierres mortes. 

Pour coller les fragments ,on peut utiliser aussi  des gels cyanoacrylates ou divers mastics bi-composants gris ou roses,  directement dans l’aquarium, sans avoir besoin de sortir le corail et les pierres de l’eau. Personnellement  je trouve que ces colles sont efficaces pour fixer des petits fragments entre 2 roches, mais ne suffisent pas pour des morceaux de plus de quelques centimètres ou pour des pièces lourdes.


Ces produits s’achètent sous forme de billes à faire fondre, ou en tube et pot ; plus ou moins épais ou pâteux, ils ont tendance à troubler l’eau et provoquent souvent un emballement de l’écumeur. De plus, selon les marques, ils mettent longtemps à sécher et il faut caler le corail ou le tenir un long moment et l’adhérence sur le long terme n’est pas toujours parfaite.


Voici comment procéder pour bouturer un corail plateau avec de la colle chaude.

Bouturage d’un Montipora plateau vert, qui s’étale trop et fait de l’ombre aux coraux en dessous 

On prélève un morceau avec la pince ou en cassant avec les doigts. Au moment de la coupe, on voit souvent des fils de mucus, qui sont une défense des polypes.

 

Il faut prévoir des supports de boutures adaptés aux plateaux. A savoir qu’au lieu de trou dans le ciment on crée une sorte de rigole, dans laquelle s’insère le bord inférieur du plateau. Pour positionner la bouture sur le support, il faut bien placer contre la pierre la partie qui a été coupée. La zone de pousse plus claire ne doit pas être enduite de colle si on veut voir rapidement prospérer le nouveau corail.  

 

On fait divers essais de mise en place de la bouture avant de la fixer, afin de trouver la meilleure position, ensuite il faut bien remplir cette rigole avec de la colle chaude et la laisser un peu refroidir en surface durant 20-30 secondes pour éviter que ça  brûle les tissus du corail.
On plonge alors la bouture dans la colle, et on met le tout immédiatement dans l’eau pour refroidir et faire durcir la colle, tout en maintenant les doigts bien appuyés sur la bouture et son support.

fils de mucus

Pavona cactus  essais pour trouver une bonne position

 

Montipora digitata

pour réaliser quelques boutures bicolores !  Le support de boutures est créé avec deux emplacements et on colle dessus deux boutures, une violette et une rouge-orange..

Les deux boutures avant collage :

après quelques semaines

Bouturage de LPS

Les coraux durs à larges polypes sont aisés à bouturer pour autant qu’on parvienne à les casser proprement. Le squelette est dur et porte des polypes nombreux et serrés. On ne voit pas très bien le squelette quand le corail est bien gonflé. Il peut être nécessaire de le stresser un peu ou de le sortir de l’eau pour identifier les embranchements.

Il faut couper les pieds mères lorsque certaines têtes ne reçoivent plus assez de lumière car ils ont tendance à pousser pour former une boule et les têtes inférieures s’ouvrent moins.

Exemple avec des Caulastea et des Euphyllia.

On sectionne une branche qui porte une ou plusieurs têtes. Il ne faut pas essayer de casser à la main car les branches ne sont pas très solides et la fracture ne se fait pas toujours là où on le désire!

Attention de garder une branche suffisamment longue pour bien fixer la bouture, coincée entre 2 pierres et bloquée simplement avec un peu de pâte époxy.
Avec une seule tête de Caulastrea en 6 ou 8 mois on voit apparaître par simple division un nouveau corail d’une dizaine de têtes.

 Euphilia et Caulastrea

 il faut stresser un peu le pied mère, pour obliger les têtes à se refermer un peu avant de le sortir de l’eau

 dans le bidon,  sectionner les têtes choisies

plusieurs potentielles boutures 

remplir le trou avec la colle chaude 

positionner les têtes et maintenir 10 secondes

mettre la bouture dans l’eau en tenant bien la pierre et le collage 

laisser durcir environ 20 secondes 

remettre dans l’aquarium

Pour obtenir des nouveaux coraux, tels ceux qu’on voit sur la photo, il a fallu environ 2 heures de travail


boutures en attente dans l’aquarium

boutures en bourse

Rappels : les coraux durs sont sous CITES. Si on  les bouture et qu’on veut les diffuser, il est important de transmettre aussi le document qu’on reçoit lors de l’achat de la souche, pour chaque nouveau corail (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction)

la fabrication de supports  pour les boutures à voie en photo et en détail ici Support en béton  https://ivanov.ch/

Textes et photos ©Véronique IVANOV
 Les mains qui taillent et bouturent sont celles de Sam MAILLARDET.

Cet article a été écrit  pour le numéro  146 de la revue
 « Aquarium à la Maison »