Rasbora, Trigonostigma 

Rasbora, Trigonostigma 

 

Trigonostigma heteromorpha espei, Meinken, 1967. différent du Trigonostigma hengeli

Trigonostigma heteromorpha, Dunker 1904 importé dès 1906 par J.Reichelt de Berlin.

Famille : Cyprinidae

Trigonostigma espei  ressemble étonnement au Trigonostigma heteromorpha dont il pourrait être une sous-espèce mais il est connu sous le taxon valide de Trigonostigma espei. Il a aussi été baptisé R. hengeli et il est présenté sous ce nom dans certains livres.

La première introduction en Europe en 1956 est due à M.van Hengel d’Amsterdam. Les premières importations sous le nom de R.espei datent de 1967,par Heinrich Espe de Brême en Allemagne. . Kottelat et Witte l’ont intégré en 1999 dans le genre Trigonostigma.

 

 

Les Trigonostigma  ont parfaits pour un petit aquarium d’ensemble. Ils nagent dans la partie intermédiaire du bac et cohabitent sans problèmes avec d’autres poissons asiatiques. les T.espei  se différencient du T. heteromorpha par une tache triangulaire plus petite et moins étendue et surtout par la taille de leurs corps qui ne dépasse pas 3,5 cm.

Il existe environ 25 espèces de Trigonostigma dont une quinzaine sont régulièrement importées. Trigonostigma espei est une varité plus petite que le T.heteromorpha, mais comme qui lui se trouve très bien dans un bac asiatique communautaire. C’est un représentant de la grande famille des Cyprindidae dont on trouve des représentants qui vivent en Europe, en Afrique en Asie et Amérique du Nord mais curieusement pas en Amérique du Sud !

Originaire d’Indonésie, le T Espei (Meinken 1967) vit aussi dans le Mekong, au Cambodge, dans l’est de la Thaïlande et au Laos.

T. heteromorpha est originairede quelques rivières de l’île de Sumatra,et de la péninsule malaise ; il apprécie une eau douce et assez chaude. Les conditions climatiques de l’Indonésie favorisent les précipitations, le réseau hydrographique de Sumatra est important et les Trigonostigma se trouvent dans bon nombre de cours d’eau, en banc de plusieurs centaines, voire de milliers d’individus.

Le Trigonostigma hengeli (Meinken 1956) vit à Sumatra et dans l’île de Bornéo.

Voir aussi la page consacrée au biotope sud-asiatique

Habitat
Ils vivent dans des petits ruisseaux peu profonds coulant sous les arbres. En raison de l’ombrage la température de l’eau n’est pas partout très élevée mais peut subir d’importantes variations et monter parfois à plus de 30 degrés aux endroits où le soleil perce l’ombre des arbres. Le pH est proche de la neutralité. Le courant des ruisseaux est assez faible. Le fond est recouvert de débris végétaux en décomposition (branches et feuilles mortes). Ces derniers acidifient parfois l’eau et l’on mesure alors un pH proche de 6,avec une teinte légèrement ambrée et une minéralisation très faible. Les plantes se fixent dans les bords du cours d’eau, des Cryptocorynes, des Eleocharis et du Limnophila y prospèrent.

Description :

C’est un poisson de petite taille. Les écailles de la partie antérieure du corps sont d’un rose clair avec des reflets plus soutenus. Dans la moitié postérieure du corps se dessine un triangle noir bleuâtre assez aplati, qui se continue en une longue ligne sombre jusqu’au pédoncule caudal. Ce triangle foncé est bordé sous la dorsale par une bande dorée plus large et il présente une coloration plus intense chez le mâle que chez la femelle. Les nageoires dorsales et la caudale sont teintées de rouge. La nageoire caudale est bilobée et nettement fendue. Les ventrales sont transparentes. Le ventre est plus clair, blanchâtre et parfois un peu rosé. Comme les autres Cyprinidés leur tête est dépourvue d’écailles. Ils présentent une petite bouche oblique dépourvue de barbillons et orientée vers le haut, signe de leur alimentation à base d’insectes aériens et de larves de petits insectes vivant à la surface de l’eau. Il possède des dents pharyngiennes. Les yeux sont grands, ronds et cerclés de jaune doré, placé très en avant de la tête, proches de la bouche.

La tache triangulaire fonctionne comme un signal optique et bon nombre de poissons grégaires présentent des marquages typiques qui leur permettent de se reconnaître entre eux et de s’orienter. Au moment des parades amoureuses, les couleurs s’intensifient.

Chez les Cyprinidés, la vessie natatoire est relié à l’oreille par une chaîne de petits os qu’on appelle les «osselets de Weber»et qui amplifient les sons. Cette acuité leur permet de mieux percevoir ses sons et élargit le spectre des fréquences sonores qu’ils perçoivent. Cette vessie natatoire est un sac rempli de gaz (ici de l’azote) qui sert de flotteur et permet aux poissons de flotter sans effort avec une dépense d’énergie minime. Les Trigonostigma présentent une vessie natatoire divisée en 2 parties par un diaphragme et reliée au tube digestif par un fin canal. Grâce à cet organe, ils sont capables de rester entre 2 eaux et de maintenir leur équilibre par des petits mouvements des nageoires pectorales.

 

Dimorphisme

La femelle a un corps un peu plus haut et plus trapu, et son dos est plus élevé, mais on les différencie plutôt en observant l’embonpoint des femelles gravides tandis que les mâles restent plus sveltes.
Le mâle est plus élancé et généralement plus intensément coloré.

ici une grosse femelle T heteromorpha bien ronde

T.espei peut atteindre 4 cm, mais en captivité il dépasse rarement 3 cm.

Le T. heteromorpha est un peu plus grand et mesure de 4 à 5 cm

Le T. hengelo mesure de 3 à 4

Les Trigonostigma vivent environ 3 à 4 années en captivité,

Ils apprécient une eau au pH nlégérement acide( 6,5 à 6,8 ), avec une température qui peut être comprise entre 24 et 30 degrés. Les Trigonostigma espei supportent très bien les hausses de température de l’été et quelques baisses vers 21-22 durant l’hiver. L’idéal est un bac tempéré de 25-26 degrés qui convient aussi à bon nombre d’autres poissons.Si cette espèce est maintenue pendant des périodes prolongées à une température trop basse, elle perd son appétit et les femelles ne produisent plus d’œufs et ne pondent plus.

Comme tous poissons grégaires ils sont mieux si on les maintient en groupe de 6 individus au moins et plus le groupe est grand plus ils sont actifs et vifs. Mais on peut très bien observer que l’organisation du groupe est assez lâche et que les individus ne restent pas continuellement ensemble. Ils se dispersent facilement dans tout le bac pour se regrouper en cas d’alerte ou d’intervention de l’aquariophile dans l’aquarium. Quand le banc est très important, plus de 30 poissons, ils retrouvent les attitudes qui sont les leurs à l’état sauvage et ils recréent une hiérarchie dans leur groupe ainsi que des comportements plus proches de leur instincts : M.Meinken signale un comportement assez intéressant au sein du groupe : Lorsque le banc reste immobile, quelques individus modifient leur position afin de regarder vers l’extérieur et observent attentivement les environs. Si ces sentinelles s’enfuient alors tout le groupe suit le mouvement et se disperse… Il parle de cette attitude comme d’«un comportement de guetteur »

Ce sont des hôtes paisibles et pas trop agités, qui se poursuivent parfois mais sans agressivité. Selon l’intensité de l’éclairage du bac, ils apprécient l’ombre des plantes et restent principalement dans les zones moins éclairées. Pendant la nuit ils se réfugient dans les plantes et leurs couleurs pâlissent.

Comme ce sont des petits poissons, on peut en mettre un grand nombre sans trop de risque de surpeupler l’aquarium. Un bac présentant une longueur de 80 à 100 cm leur convient généralement en leur donnant suffisamment d’espace pour se déplacer. Comme il s’agit de nageurs actifs, il faut privilégier un espace libre de plantes. On peut très bien orienter le rejet du filtre de sorte qu’il crée un courant d’eau dans lequel les Trigonostigma et d’autres petits poissons actifs comme les Danio jouent volontiers. Il est nécessaire de couvrir leur bac, ce sont de bons sauteurs et ce serait dommage de retrouver ses poissons sur le tapis devant l’aquarium…

Les Trigonostigma  sont parfois fragiles et sont sensibles à la qualité de l’eau ; ils attrapent facilement la maladie des points blancs de Ichthyophthirius ou de l’Oodinium, surtout si la température de l’eau est trop froide. Pour traiter ces maladies il est très important de suivre les indications fournies par le fabricant du médicament utilisé. Un des médicaments parmi les plus efficaces contient du vert de malachite, mais les Trigonostigma sont extrêmement sensibles à ce produit. Ils réagissent en perdant l’appétit en se décolorant et parfois même si les dosages sont trop forts ils n’y survivent pas…De plus, le contact direct fréquent avec le vert de malachite peut également être dangereux pour des humains, puisque c’est un carcinogène.

 femelle T espei

Le meilleur moyen de soigner les »points blancs  » est simplement de monter la température de 3-4 degrés et d’ajouter un peu de sel dans l’eau du bac hôpital ( max 5 gr par litre) pendant une semaine.

Reproduction

Si des Trigonostigma sont alimentés régulièrement avec des nourritures vivantes telles que des larves de moustiques,ils peuvent pondre en bac d’ensemble mais l’élevage des alevins est difficile. La reproduction des Trigonostigma espei est délicate, les poissons sont peu prolifiques et très exigeants sur la qualité de l’eau, mais des amateurs avertis peuvent la mener à bien dans une eau très douce (dureté entre 2 et 4 dGh), avec un pH bas, compris entre 5.5 et 6. et une température idéale de 23 ou 24 degrés. Il est presque indispensable d’utiliser de l’eau osmosée, que l’on reminéralise très légèrement avec des produits du commerce. C’est un ovipare qui fait partie des espèces dont le dimorphisme sexuel est peu marqué. Les mâles sont minces et fuselés, ils ont le ventre plat.

Les femelles Heteromorpha gravides sont plus grosses et ont un abdomen très rebondi

Les échecs de la reproduction de ces Trigonostigma semblent être dûs à l’âge des femelles,qui si elles sont trop âgées ont du mal à se reproduire. Il faut choisir des femelles d’environ un an et des mâles plus vieux pour mettre toutes les chances du bon côté. Si les femelles sont trop âgées elles sont moins prolifiques. Contrairement à bien d’autres membres de la famille des Cyprinidés ils ne pondent pas en eau libre mais dans les massifs de plantes à large feuillage et collent leurs oeufs sous les feuilles des plantes. Les ovules sont émises et immédiatement fécondées par la laitance du mâle. L’idéal est de leur proposer un petit bac d’une trentaine de litres, planté d’espèces à larges feuilles comme les Echinodorus, des Cryptocoryne, un Aponogeton et du Microsorum qui sont à privilégier dans un bac de reproduction peu éclairé.

L’eau doit être très douce, sa dureté proche de 2° dGH, son pH compris entre 5.5 et 5.8. et la température peut être portée à 26 ou 28 degrés. La parade nuptiale est spectaculaire : le mâle frémissant tourne autour de la femelle en la poussant jusqu’au lieu de ponte

Placée sous une feuille, elle se retourne avec le ventre en l’air, le mâle presse les flancs de la femelle de sa queue. Elle colle les œufs sous la feuille et ils sont immédiatement fécondés par la laitance du mâle

Ils produisent environ une cinquantaine d’œufs.

Dès la fin de la ponte, il est indispensable de retirer les parents qui dévoreraient leurs œufs et obscurcir le bac jusqu’à l’éclosion des œufs, car ils sont lucifuges, c’est-à-dire qu’ils sont abîmés par la lumière. On peut ajouter quelques gouttes de bleu de Méthylène pour protéger les œufs.des moisissures éventuelles

Les œufs éclosent 24 à 30 heures plus tard. Les larves mesurent moins de 4mm et restent proches de la surface de l’eau durant une période de 4 à 5 jours, elles sont immobiles, accrochées aux plantes où elles résorbent leur sac vitellin. On les nourrit pour débuter avec du plancton de mare et des infusoires. ou des très petita artémia américains Pour faciliter la prise de nourriture de ces alevins presque incapables de chasser, le plus simple est d’abaisser le niveau de l’aquarium pour qu’il n’y ait qu’une dizaine de centimètres d’eau ce qui évite la dispersion des aliments. Après une dizaine de jours, on peut leur donner des nauplies d’artémias et commencer à laisser la lumière entrer dans le bac en dégageant petit à petit les vitres de l’aquarium, mais sans allumer de lampe car les alevins restent photosensibles. En même temps il faut remonter petit à petit le niveau de l’eau.

 

L’hygiène du bac d’élevage est essentielle, un changement d’eau quotidien s’impose ainsi que le siphonnage des déchets au sol. Attention en remettant de l’eau neuve à bien équilibrer les températures, car les jeunes poissons sont très sensibles au choc thermique et attrapent facilement de l’Oodinium.

Au bout de 3 semaines environ, les premières couleurs se dessinent, la tache noire apparaissant en premier. On peut alors augmenter progressivement l’éclairage et la dureté de l’eau pour que la croissance des alevins se fasse bien.

 

Alimentation:

Toujours affamés, ce sont des omnivores qui mangent facilement toutes les nourritures standards. Les Trigonostigma espei sont microphages : dans la nature ils chassent tout ce qui bouge à la surface de l’eau : des petits insectes, des larves, des œufs de fourmis, des mouches des fruits, des pucerons et d’autres bestioles de très petite taille. En aquarium, pour les maintenir en bonne santé, il faut veiller à leur fournir une alimentation aussi diversifiée que possible, tout en l’adaptant à la taille de leur bouche. On leur donne des paillettes, des flocons et des petits granulés ainsi que des nourritures congelées soigneusement rincées avant d’être distribuées. Il ne faut pas négliger de leur proposer régulièrement de la nourriture vivante car à la longue l’emploi exclusif de nourriture en flocon peut freiner leur développement et ternir leurs couleurs.

 

 

En résumé

Population

Dans un bac d’une centaine de litres, on peut prévoir

une douzaine de Trigonostigma heteromorpha

un banc de 6 Rasbora pauciperforata ou R.borapetensis

un banc de 6 Barbus titteya

un couple de Colisa lalia

quelques Kuhli qui occuperont le fond du bac.

Aquarium de 100x40x30 cm soit 120 litres ou plus grand si on veut faire un bac communautaire.

Eau :Les Trigonostigma arborent leur plus belles couleurs dans un bac bien planté, au sol sombre et dans une eau douce au pH neutre.

 Équipement Filtre extérieur ou intérieur à décantation, d’une capacité de 2 fois le volume du bac par heure, qui assure un brassage suffisant. Chauffage nécessaire pour maintenir l’eau à 25 degrés.

Éclairage : Deux fluos de 60 cm réglés par une minuterie pour 12 heures d’éclairage continu. On compte généralement un Watt pour deux litres d’eau afin d’offrir assez de lumière à la plupart des plantes.

Entretien. Changement d’eau de 10 à 15% chaque semaine, par de l’eau déchlorée et présentant les mêmes paramètres que celle du bac. Bien siphonner les saletés tombées sur le fond du bac. Nettoyage mensuel des masses filtrantes. Nettoyage hebdomadaire des éventuelles algues sur la vitre frontale, taille et bouturage des plantes.

Décor : Quelques racines de tourbières ou des souches permettent de conserver une eau légèrement acide. Éviter les pierres calcaires qui durciraient trop l’eau.

Plantation : Il y a de nombreuses plantes adaptés à une eau de 25 degrés qu’il faut planter en laissant un large espace de nage. On peut choisir par exemple des Ludwigia, Elodés ou Egerias ,comme plantes à tiges qui poussent vite, des Cryptocorynes et Echinodorus sur les côtés et du Microsurum placé sur une racine ou une pierre .

Alimentation On alterne les distributions de flocons ou paillettes avec des nourritures vivantes et congelées, des artémias, tubifex ou vers Grindal. Deux ou trois petites distributions par jour permettent d’alimenter tous les poissons du bac sans risques de suralimentation.

PA170087

 

 

Ce texte a été écrit pour le numéro 194 d’Aquarium Magazine, de juillet 2002

©Véronique Ivanov