Bac asiatique

Aquariums d’Asie du Sud-est

Un bac de 120L planté de mousse de java, Cryptocorynes, Riccia, Microsorum sur une racine de tourbière et un pied d’Hygrophila  et peuplé de Rasbora, et d’un couple de Colisa

L’idée est de s’approcher de la reproduction d’un biotope, c’est-à-dire de tenter d’associer des plantes et des poissons de la même origine et ayant les mêmes exigences. Il est n’évidemment pas possible de recréer dans un aquarium les conditions qui existent dans une rivière ou un ruisseau mais de tenter de s’en approcher en choisissant soigneusement les éléments du décor et la population.

Un nombre important de nos poissons d’aquarium sont originaires d’Asie du sud-est. La région de Singapour est un centre important d’élevage et d’exportation de plantes et de poissons. Dans des pays tels que la Malaisie, l’Indonésie et le Viet-Nam, subissent d’importantes précipitations, répartie sur une grande partie de l’année, et jouissent d’un climat équatorial où les variations thermiques sont relativement faibles.

Les rivières ne s’assèchent pas et un réseau hydrologique très important traverse les forêts tropicales. Les cours d’eau sont généralement peu profonds, et leur eau est douce et légèrement acide. Ces conditions permettent l’existence de nombreuses espèces de poissons et de plantes d’eau douce.

Il ne suffit pas d’associer des poissons originaires du même pays mais il faut tenir compte de leur milieu d’origine : des poissons vivant en eau calme et peu profonde, dans les fossés des rizières comme les Gourami ne sont pas à leur aise si on les fait cohabiter avec des espèces originaires de rivières agités comme les Botia macracantha ou les Danio rerio.

Dans des cours d’eau peu profonds et calmes, on trouve par exemple des Betta, des Gouramis, des Colisa, certains Barbus et Puntius, ainsi que des Rasbora et des Kryptopterus pour ne citer que les plus connus. Les eaux qui coulent dans la forêt tropicale, sombres, souvent acides, où l’on trouve les Puntius, les Rasboras, divers Betta, les Loches, les Gouramis, les poissons-chat, les crevettes.
Dans des rivières plus profondes et larges vivent des Botia, des Gyrinocheilus, des Labeo, des Epalzeo.
Dans les régions montagneuses, où les ruisseaux ont un courant rapide, le pH est proche de 8 et l’eau assez fraîche et claire, on trouve des Tanichthys, des Danio, des Macropodus et des Gastromyzon.

Parmi les plantes qui vivent dans ces eaux on peut parler des diverses Cryptocorynes des fougères aquatiques comme les Ceratopteris, mousse de Java, les ,Hygrophila, Vallisneria, Limnophila , Rotala, Crinum thaianum, Cyperus helferi, et Hygroryza aristata en plante flottante.

Dans les régions de rizières, l’eau est souvent presque stagnante, il faut prévoir un courant d’eau faible pour tenter de reproduire un tel biotope. La visibilité ne dépasse pas 1 mètre. Les végétaux qui s’y décomposent chargent l’eau de matières organiques et lui donnent une couleur brune appréciée par de nombreux poissons. Cette eau est boueuse et très peu oxygénée. Sa coloration brune est très souvent provoquée par des roches ferrugineuses. Le sol est chargé de débris, les sédiments s’entassent car il n’y a pas de courant, parmi lesquels les poissons se nourrissent facilement de toute une faune aquatique. Dans ce milieu riche prospère une grande quantité de végétation.

Dans ces eaux calmes et stagnantes, la respiration par les branchies ne suffit pas et plusieurs espèces ont donc développé ce que l’on nomme le labyrinthe. C’est un organe auxiliaire de respiration, richement vascularisé qui permet aux Anabantoïdes de capter l’oxygène atmosphérique grâce à un système complexe de vaisseaux sanguins, et qui se situe sur le dessus de la tête, en arrière près des opercules. Cette fonction est particulièrement utile dans un biotope où l’eau présente une déficience en oxygène. Il est donc important de laisser une couche d’air de quelques centimètres entre la surface de l’eau et le couvercle du bac pour permettre aux poissons de venir respirer.
Pour plusieurs espèces, comme les Colisa et Gourami, les nageoires pelviennes se sont transformées en longs filaments tactiles qui leur permettent de s’orienter dans un milieu sombre, de palper leur environnement et les aide à trouver leur nourriture. Ces nageoires sont aussi utilisées pour toucher la femelle avant les pontes ou quand 2 poissons se rencontrent.

 gourami et plantes flottantes dans un bac peu brassé.

Pour tenter de reproduire l’effet de la mousson, on peut changer une grande quantité d’eau plus froide ce qui provoque souvent la ponte de bien des espèces.

Un bac de 250 litres est un excellent volume qui permet beaucoup de choses. On peut y introduire quelques gros poissons comme des Gourami, plusieurs bancs d’espèces plus petites qui nagent en pleine eau et des poissons de sol comme les Kuhli qui vivent en groupe.
Un aquarium d’une centaine de litres permet l’installation d’un couple ou d’un trio de Colisa et d’un ou deux groupes de Puntius ou de Rasbora.

Aménagement de base, valable pour tous les aquariums .
Le bac doit être bien planté, mais il faut laisser un espace de nage libre de plantes. On place les tiges les plus hautes comme les Vallisneries et Hygrophila, sur les côtés et devant la vitre du fond, les Cryptocorynes plus basses peuvent créer des massifs à l’avant de l’aquarium et quelques pieds de Microsorum peuvent être fixés sur une souche. La mousse de Java et le Riccia s’accrochent aussi volontiers sur le bois ou contre des pierres rugueuses. Le combiné chauffant est camouflé par les longues tiges ainsi que la prise d’eau et le rejet du filtre. Les plantes flottantes, Hygroryza aristata ou Salvinia permettent d’ombrager certaines zones du bac et peuvent être limitées dans leur développement en étant tenues par les fils nylons tendus à la surface de l’eau. Une plantation dense permet aussi aux poissons timides de se cacher.

Microsorum poussant sur une souche

Si on veut un aquarium bien planté on doit installer des tubes néons qui fournissent 1 Watt pour 2 litres d’eau et prévoir une durée quotidienne d’éclairage de 12 heures, sans coupure et réglée par une minuterie. Une pompe à air est inutile car elle agite trop l’eau et les remous chassent le gaz carbonique nécessaire à la pousse optimale des plantes. Pour favoriser la croissance des plantes un engrais doit être enterré dans le sol au moment de l’installation du bac. On choisit un sable qui ne présente pas d’arrêtes tranchantes s’il est prévu d’installer des poissons fouisseurs comme des Pangio kuhli ou des Botia.( donc pas de quartzite coupante).
Pour le décor, on peut placer des pierres non calcaires et du bois, des racines et des souches bien nettoyées, qui ont tendance à acidifier l’eau. Il est aussi possible d’employer des tiges de bambous. Si les tronçons de bambous sont assez gros, certains poissons adorent s’y cacher et y nichent volontiers.

Des crevettes Caridina japonica peuvent très bien être installées dans l’aquarium, à condition de ne pas introduire de poissons de la famille des Botia qui les dévoreraient rapidement. Les gros Botia macracantha n’hésitent pas à les manger, ainsi que les escargots de toutes tailles, mais la plupart des autres poissons ne s’y intéressent pas. Les crevettes Caridina et néo-Caridina sont d’excellentes nettoyeuses, qui se nourrissent d’algues et de déchets d’aliments non consommés par les poissons et permettent de garder propre le fond du bac.

Exemples pratiques.
Pour un aquarium de 60 litres, il existe des espèces de petite taille comme les Rasbora maculata qui sont à l’aise dans un petit volume et qu’on peut faire cohabiter avec 3 à 5 Botia sidthimunki et un Combattant.

Population d’un aquarium de 120 litres,
Un bac présentant une longueur de 80 à 100 cm convient généralement en donnant aux poissons suffisamment d’espace pour se déplacer. Comme il s’agit de nageurs actifs, il faut privilégier un espace libre de plantes. On peut très bien orienter le rejet du filtre de sorte qu’il crée un courant d’eau dans lequel les Rasbora et d’autres petits poissons actifs comme les Barbus jouent volontiers. Il est nécessaire de couvrir le bac, ce sont de bons sauteurs et ce serait dommage de retrouver ses poissons sur le tapis devant l’aquarium… . Le pH doit être proche de la neutralité. On prévoit un combiné chauffant pour avoir une température comprise entre 24 et-26 degrés et un filtre qui brasse environ 300l/h. Les plantes hautes se placent sur les côtés du bac,les plus basses vers l’avant. On peut choisir diverses Cryptocorynes, C. becketii ou C. wendtii, des Eleocharis, du Limnophila et des Rotala macranda ou rotondifolia si la lumière est assez forte.

On peut y installer :
un couple ou un trio, 2 femelles et un mâle, de Colisa lalia ou Colisa chuna
ou un couple ou trio de Combattants à choisir parmi les Betta splendens ou les B.imbellis par exemple.
5-7 Barbus cerises (B.titteya) ou B. nigrofasciatus qui vivent en pleine eau
5-7 Rasbora heteromorpha
3-5 Botia sidthimunki ou B. striata qui occupent la partie basse de l’aquarium

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Pour un bac de 250 litres à 26 degrés
Un couple de gourami perlés (Trichogaster leeri ) qui sont plus calmes et moins agressifs que les gouramis bleus ou jaunes (Trichogaster trichopterus)
Une dizaine de Barbus à choisir parmi les Puntius pentazona, P. semifasciolatus, P.conchonius
Un groupe de Rasbora borapetensis ou R. heteromorpha
Un trio de Crossocheilus siamensis
3-5 Botia lohachata

Un bac de 180 L planté de vallisneries et peuplé d’un couple de Gourami bleus, de Rasbora et de 5 Botia striata

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Pour un bac d’eau froide entre 20 et 24 degrés, le nombre des poissons est à déterminer selon la taille du bac.
On peut planter des Acorus gramineus, Aponogeton crispus, des Cardamine lyrata, du Ceratophyllum demersum et Egeria densa quelques pieds de Crinum thaianum, la plupart des Cryptocorynes vivent bien aussi dans une eau entre 20° ou 24°.
Un couple de Betta unimaculata
Un banc de Tanichthys albonubes,
Un banc de Danio rerio, ou des Danio frankei
Un groupe de Barbus oligolepis
3-5 Gastromyzon myersi
Un couple ou trio de Macropodus opercularis ou macropodus occelatus qui ont un meilleur caractère que les M.concolor.


Macropodus

Un aquarium de 300 litres, peuplé de poissons calmes.
Il est bon de prévoir une filtration peu puissante, pour limiter le courant et les remous. Pour éviter que les Kuhli et les Kryptopterus soient gênés par la lumière il faut laisser les tiges et feuilles des plus hautes plantes se coucher à la surface de l’eau ou installer des plantes flottantes, des Pistia, des Hygroryza aristata, des Salvinia ou quelques tiges libres de Ceratophyllum qui font de l’ombre. On peut aussi choisir de faire un aquarium planté d’espèces peu exigeantes, comme, des Microsorum, de la Mousse de Java, ainsi que d’autres plantes qui apprécient l’ombre comme les Cryptocorynes et d’installer qu’un ou deux tubes fluorescents pour avoir une intensité d’1 Watt pour 3 ou 4 litres d’eau.
Un trio de Gouramis embrasseurs (Helostoma temminckii)
Ou un petit groupe de 4-6 Gourami (Trichogaster trichopterus)
Un groupe de 10 silures de verre (Kryptopterus minor, autrefois nommés Kryptopterus biccirhis)
Un groupe de Rasbora pauciperforata
12 à 15 Pangio kuhli.

Un aquarium de 350 litres et plus, peuplé de poissons vifs et actifs.
Pour un tel bac reproduisant une rivière on installe un sol de sable parsemé de pierres, de racines et de souches qui procurent des cachettes aux Botia, et l’on prévoit un filtre assez puissant pour assurer un bon brassage et du courant dans le bac. L’eau doit être bien oxygénée et claire. Il est nécessaire de prévoir un grand espace de nage, dépourvu de plantes, car bon nombre de ces poissons sont des bons nageurs qui bougent beaucoup et ont besoin de place.
5-7 Botia macracantha
ou un petit groupe de Balantiocheilus melanopterus
une douzaine de Barbus de Sumatra (B. tetrazona)
ou une douzaine de Barbus nigrofasciatus (moins agressifs )ou des Barbus conchonius
5-7 Crossocheilus siamensis
un Labeo bicolor
ou un Labeo frenatus

Pour aller plus loin et tenter de reproduire un groupe de poissons tel qu’on pourrait en trouver à l’état sauvage, voici quelques suggestions de bacs géographiques.

  • Dans un bac de 120 litres, on peut tenter de reproduire un cours d’eau de la région de Sri-Lanka en eau acide, pH proche de 6,5, dureté entre 2 et 10 dGH, température à 26 degrés, en sélectionnant diverses Cryptocorynes, et en installant des Colisa lalia ou C.sota, des Rasbora ou des Barbus titteya, et des Trichopsis vittata ou T. pumila.
  • Pour créer un bac reproduisant les conditions d’une rivière de la forêt de l’île de Bornéo, on pourrait choisir des P. pentazona , des Betta, des Rasbora, des Trichogaster trichopterus, des Trichogaster leeri, des Mastacembelus, des Barbus pentazona, Barbus binotatus …
  • Pour imaginer un cours d’eau de montagne où l’eau est claire, fraîche, souvent dure et alcaline, on associera des Rasbora caudimaculata, Rasbora meinkeni, Rasbora argyrotaenia, Barbus rhomboocellatus, Barbus lateristriga, Barbus binotatus, et divers Gastromyzon.

Liste non exhaustive de plantes originaires du sud-est asiatique.

Plantes faciles et peu exigeantes
Acorus gamineus
Crinum thaianum
Cryptocoryne beckettii
Cryptocoryne crispatula var.balansae
Cryptocoryne parva
Cryptocoryne undulata
Cryptocoryne wendtii
Hygrophila corymbosa «siamensis »
Hygrophila corymbosa « stricta »
Hygrophila difformis
Hygrophila polysperma
Hygroryza aristata
Limnophila sessiliflora
Microsorum pteropus
Rotala rotondifolia
Salvinia
Vallisneria
Vesicularia dubyana

Plantes plus difficiles,
ayant besoin d’une bonne lumière, d’engrais et du C02 pour bien prospérer.

Aponogeton rigidifolius
Cardamine lyrata
Eusteralis stellata
Glossostigma elatinoides
Hydrocotyle sibthorpioides
Hydrocotyle verticillata
Limnophila aromatica
Nuphar japonica
Rotala macranda
Rotala wallichii